Un village singulier en Corse

C’est pour fuir le joug ottoman que 600 grecs s’installent à Paomia au XVIIème siècle

Après de nombreux affrontements, la Cargèse actuelle est construite en 1768, par l’armée française du Comte de Marbeuf.

De l’installation de cette communauté, le village garde deux témoins complémentaires : les deux églises, l’une latine, l’autre grecque, qui se font face en bord de mer.

Tout au long de l’année les deux confréries de Cargèse, Saint Antoine et Saint Spiridion, perpétuent les traditions développées par ces deux communautés, avec pour apogée, les célébrations de la fête de Pâques, durant la Semaine Sainte.

Une configuration hors norme

A Cargèse, se faisant face en front de mer, l’église grecque et l’église latine recèlent toutes les deux une infinité de témoignages de l’histoire locale.

Elles incarnent assurément à elles deux la diversité culturelle et religieuse propre au village.

Certes le premier édifice religieux vous envoûte de ses effluves d’encens exotique et exerce un plus grand attrait, mais l’église latine, elle aussi, mérite assurément le détour.

Suivez le guide…

Eglise de l’Assomption

…dite Latine

En 1817, les chefs de familles corses se réunissent et décident de lancer une souscription pour la construction d’une église de rite latin. Un certain Antoine Andréani fait alors donation d’un terrain.

Mais les temps sont  et les premiers coups de pioche ne débuteront que 8 ans plus tard. Les travaux de construction s’échelonnent de 1825 à 1828. Ils nécessitent même des « secours » du Ministère des Cultes.

Dans les documents d’archives, on trouve la mention de plusieurs réparations nécessaires. Ainsi, en  1835, le toit est emporté par le vent et en 1845, les aménagements intérieurs ne sont toujours pas faits. Le clocher ne sera construit qu’à partir de 1847.

On découvre dans cette église une nef flanquée de deux chapelles latérales en hémicycle.

Le chœur, lui, est séparé de la nef par un emmanchement et une table de communion. Les peintures murales du chœur ont été restaurées récemment.

La voûte en berceau repose sur une corniche moulurée supportée par des pilastres style corinthiens, témoins du décor néo-classique de l’église que l’on observe toujours de nos jours..

Sur le flanc nord de l’église, le clocher à étage voit sa partie carrée surmontée d’un lanternon octogonal à oculus.

La façade antérieure est scandée de pilastres plats et couronnée d’un fronton ondulant. Ses élévations latérales sont percées de fenêtres hautes, éclairant directement la nef.

Le prêtre Eli Papadacci, grec d’origine, adopta à cette époque le rite latin entraînant avec lui la famille Petrolacci et une partie de la famille Dragacci.

eglise grecque cargese

Eglise Saint Spyridon

…dite Grecque

Symbole vivant de la tradition, elle remplace l’Eglise primitive trop étroite.
Commencée peu de temps après l’église latine, vers 1852, elle n’est achevée que 20 ans plus tard. Les fidèles travaillaient alors tous à cette construction chaque dimanche après la messe et jusqu’à la tombée de la nuit.

Conformément au modèle des temple orientaux, le sanctuaire est séparé de la nef par une iconostase ou cloison en bois recouverte d’images saintes. Cette iconostase, destinée d’abord au couvent de Grotta  Ferrata près de Rome est un don de la Congrégation de la Propagande à la colonie. Il date de 1886.

Des deux alcôves latérales sont dédiées à :

  • la « Panaghia » ou « Toute-Sainte » patronne des Congréganistes de la Sainte Vierge (à droite)
  • Saint Spiridion, patron de la Confrérie du même nom, à laquelle sont inscrits tous les Grecs dès leur naissance et plus d’un tiers de la population latine (à gauche)

Pour les offices et cérémonies, on suit presque intégralement le rite d’Athènes et de Constantinople, tout comme les colonies grecques-catholiques de Paris, de Lyon, de Marseille. 

Le grec ancien reste la langue liturgique ce qui facilite aux fidèles la lecture et l’intelligence des prières, c’est qu’ils ont entre les mains un missel contenant le texte original en caractères latins avec la traduction française en regard. 

Les deux solennités les plus importantes sont : le Lundi de Pâques avec la bénédiction des campagnes et la Saint Spiridion, fête patronale de Cargèse, célébrée le 12 décembre.

Tout comme en orient, le baptême est donné par triple immersion. Le prêtre confirme ensuite l’enfant et le communie sous l’espèce du vin à l’aide de la cuiller. 

La communion est distribuée aux fidèles sous les deux espèces

Le mariage est marqué par l’imposition des couronnes : une portant des feuilles de vigne, l’autre un rameau d’olivier.

Cargèse compte environ 300 paroissiens de rite grec.

Les célébrations de Pâques

Un événement à ne pas manquer

Au programme :

  • Jeudi Saint 
    Eglise latine : Communion pascale : la messe rappelle la cène puis en soirée : Procession du Christ mort : au chant du « Perdono mio dio », les fidèles suivent la « dépouille » du Christ.
  • Vendredi Saint 
    Eglise grecque : « Mise au tombeau du Christ » : procession dans l’église.
    Eglise latine : chemin de croix à l’intérieur de l’église.
    Eglise grecque : en soirée : « Chants et éloges funèbres » : chants, lamentations et complaintes funèbres pour rejoindre l’église latine où les deux rites frères se réunifient.
  • Samedi Saint 
    Eglise grecque : liturgie de Saint Basile.
    Eglise latine : bénédictions du feu sacré et de l’eau baptismale.
    Eglise grecque : Office de la résurrection suivi de la liturgie grecque, cérémonie aux cierges.
  • Dimanche de Pâques
    Eglise latine : Grande messe solennelle de Pâques.
  • Lundi de Pâques 
    Messe solennelle avec procession triomphale, drapeaux et salves de mousqueterie symbolisant la joie de la résurrection, bannières au vent. La procession se termine avec la bénédiction des campagnes, l’icône de la Vierge est élevée aux quatre points cardinaux.

Et durant toute la semaine sainte le village Cargèse tout entier s’anime de nombreuses festivités.

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